🧐 Drague et harcĂšlement : quelles diffĂ©rences ?

« On peut plus rien dire », « On peut plus draguer » 
Ces phrases reviennent rĂ©guliĂšrement dĂšs qu’on aborde le harcĂšlement sexuel. Pourtant, elles reposent sur une confusion fondamentale : drague et harcĂšlement ne sont pas deux degrĂ©s d’une mĂȘme rĂ©alitĂ©, mais deux phĂ©nomĂšnes de nature radicalement diffĂ©rente.

đŸ”č La drague implique une rĂ©ciprocitĂ© dans le cadre d’une relation placĂ©e sur un pied d’Ă©galitĂ©, oĂč les deux personnes sont en mesure d’exprimer librement leur consentement.
Le consentement est au cƓur de la notion ; il est pris en compte, et le refus est respectĂ©.

📌 L’allĂ©gorie du jeu de tennis
Psychologue du travail & Coach, NoĂ©mie LE MENN utilise une image Ă©clairante pour illustrer cette distinction : la drague fonctionne comme un Ă©change de balles au tennis. On envoie une balle, elle revient : cela signifie que la personne joue et qu’il y a rĂ©ciprocitĂ©.
À l’inverse, renvoyer une balle aprĂšs un premier envoi qui n’est pas revenu, s’apparente Ă  du harcĂšlement, qui commence lorsque l’insistance prend le pas face Ă  l’absence de prise en compte du refus.
Ce refus peut ĂȘtre explicite (« non merci », « je ne suis pas intĂ©ressé·e »), mais il peut aussi prendre la forme de l’absence de rĂ©ponse. En matiĂšre de VSS, l’absence de rĂ©ponse ne vaut pas consentement. Qui ne dit mot ne consent pas !

đŸ”č Le harcĂšlement sexuel se caractĂ©rise par l’absence de relation d’Ă©galitĂ©. La loi parle du fait « d’imposer » et ce terme est au cƓur du mĂ©canisme : il s’agit de dominer. L’auteur n’attend pas l’accord de l’autre, ne cherche pas son consentement. Il impose un comportement, indĂ©pendamment de la volontĂ© de la personne qui le subit.

Exemple : le « harcĂšlement de rue » n’est pas une tentative maladroite de sĂ©duction. C’est un moyen pour l’auteur de signifier qu’il s’estime en capacitĂ© de disposer du corps de l’autre. C’est un mĂ©canisme de pouvoir, de domination, et non une invitation Ă  la rencontre.

⚖ Un dĂ©lit pĂ©nal et une faute disciplinaire
Le harcĂšlement sexuel est un dĂ©lit rĂ©primĂ© par le Code pĂ©nal. Dans le monde professionnel, il est susceptible d’ĂȘtre sanctionnĂ© disciplinairement, avec des sanctions pouvant aller jusqu’au licenciement ou la rĂ©vocation (voir Cour de cassation, Soc. 14 janvier 2026, n°24-19.544 ; Conseil d’État, 2° et 7° SSR., 15 janvier 2014, n°362495 ; CE, n°507692, lecture du 5 fĂ©vrier 2026)

💡 Ce qu’il faut retenir :
Drague et harcĂšlement ne relĂšvent pas d’un continuum oĂč l’un serait une version « excessive » de l’autre. Ce sont deux rĂ©alitĂ©s distinctes.

Ce n’est pas qu’on ne peut plus draguer. On peut draguer, Ă  condition de respecter le consentement de l’autre et d’accepter qu’une balle non renvoyĂ©e signifie l’absence d’intĂ©rĂȘt. Ce qui n’est plus tolĂ©rĂ© — et c’est une avancĂ©e —, c’est d’imposer son dĂ©sir sans Ă©gard pour la volontĂ© d’autrui.

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