Je viens de terminer le livre de GisĂšle Pelicot. Son titre, « Et la joie de vivre » n’est pas un hasard.
On pourrait s’attendre Ă un rĂ©cit d’horreur, Ă un Ă©talage de souffrance. Ce n’est pas le cas. C’est un livre pudique, mesurĂ©, remarquablement dosĂ©.
On y suit son histoire, sa rencontre avec Dominique Pelicot, sa vie de famille. Puis l’effondrement. L’Ă©preuve morale, personnelle, judiciaire. Et malgrĂ© tout, cet optimisme tenace.
đ Ce qui m’a frappĂ©e au-delĂ du rĂ©cit :
Le procĂšs de Mazan a rĂ©vĂ©lĂ© une vĂ©ritĂ© dĂ©rangeante : les condamnĂ©s sont des hommes ordinaires. Des voisins, des collĂšgues, des pĂšres de famille. Pour la plupart, ils n’ont pas reconnu les faits. Pourtant, ils ont commis des actes atroces.
Et c’est lĂ que rĂ©side le vĂ©ritable enjeu :
Ces procĂšs retentissants, exceptionnels, aussi nĂ©cessaires soient-ils, ne doivent pas nous faire oublier l’essentiel : les violences sexuelles ne surgissent pas de nulle part. On ne passe pas de zĂ©ro Ă un viol ou un fĂ©minicide.
Il existe un continuum des violences (Liz Kelly, 1987), un spectre de comportements qui alimentent le patriarcat et rendent possibles ces violences extrĂȘmes :
⹠La blague sexiste banalisée
⹠La petite pique professionnelle dénigrant les compétences
⹠La discrimination, affichée ou implicite
âą Les sifflements dans la rue
âą Le cyberharcĂšlement
âą La pression pour obtenir des relations sexuelles
⹠Les commentaires sur le physique, la tenue, la vie privée
âą L’objectification systĂ©matique…
Ces comportements ne sont pas « anodins ». Ils prĂ©parent le terrain. Ils normalisent l’idĂ©e que les femmes sont disponibles, que leur parole compte moins, que leur corps peut ĂȘtre commentĂ©, jugĂ©, appropriĂ©.
Voir aussi lâarticle de Najat Vallaud-Belkacem sur un sujet similaire : https://shortlink.uk/1nmmi
Ils construisent, pierre par pierre, un environnement oĂč les violences les plus graves deviennent possibles.
Lutter contre les VSS, ce n’est pas seulement condamner les viols. C’est aussi :
â
 Refuser la blague sexiste au travail
â
 Sanctionner les propos dénigrants, y compris socialement
â
 Ăduquer au consentement dĂšs le plus jeune Ăąge
â
 Questionner nos propres comportements quotidiens
â
 Ne plus minimiser ce qui semble « léger »
GisÚle Pelicot a choisi de transformer son épreuve en combat pour toutes les autres. Son livre, comme son procÚs public, porte un message : la honte doit changer de camp.
Mais pour que cela devienne réalité, nous devons agir à tous les niveaux du continuum. Pas seulement au sommet des actes juridiquement les plus graves.
