⚠️ Comprendre la mécanique discriminatoire

On parle souvent de discrimination comme d’un acte isolé, d’un comportement individuel répréhensible. Mais la discrimination est en réalité un processus bien ancré, qui se déroule en plusieurs étapes :

1️⃣ Focalisation : on sélectionne un critère arbitraire (sexe, origine, âge, handicap…) qu’on transforme en caractéristique principale pour définir toute une population.

2️⃣ Différenciation : on renforce les traits communs du groupe (« les femmes veulent toutes des enfants ») tout en accentuant les différences avec les autres groupes (« les femmes sont très différentes des hommes »).

3️⃣ Péjoration : ce qui était d’abord perçu comme une simple différence devient une marque d’infériorité, de manière hostile ou plus insidieuse.

4️⃣ Légitimation : les inégalités de traitement deviennent tellement ancrées qu’elles paraissent naturelles, alors qu’il s’agit d’une construction sociale acquise.

Cette mécanique fonctionne pour l’ensemble des critères de discrimination. Qu’il s’agisse de sexisme, de racisme, d’homophobie, de transphobie, de validisme ou de toute autre forme de discrimination, le processus est identique, seul l’objet change.

💡 Comprendre cette mécanique permet de questionner nos propres agir, nos représentations, nos préjugés, nos actions. Dans une société profondément inégalitaire, nous avons toutes et tous intégré des stéréotypes discriminatoires, racistes, validistes, sexistes que nous reproduisons plus ou moins consciemment. Prendre conscience de nos propres préjugés est un premier pas vers leur déconstruction.

Cela peut passer par des questions simples, qui révèlent nos angles morts :
« est-ce que je me comporte de manière identique avec un homme/une femme ? »
« est-ce que je demanderais à une personne obèse si elle fait du sport pour perdre du poids ? »
« est-ce que je demanderais à une personne qui a les cheveux lisses si je peux les toucher comme je pourrais le faire avec une personne aux cheveux crépus ? »
« est-ce que je touche spontanément le ventre d’une femme enceinte ? »
« est-ce que je demanderais à une personne blanche quelles sont ses origines ? »
« est-ce que je me comporterais de la même manière si c’était une personne valide/une personne handicapée/une personne avec un handicap que je ne vois pas ? »

👉 Ces situations vous choquent ? Elles vous interpellent ? Elles ont toutes déjà été vécues — et souvent plusieurs fois — par les personnes concernées. Si certaines ne vous paraissent pas discriminantes, c’est précisément là que se niche le problème : ces comportements ramènent une personne à un critère arbitraire, la réduisent à ce seul critère. Leur répétition — remarques, commentaires, demandes de justification, contacts non sollicités — constituent des micro-agressions, voire des violences.


Sources :
Carrousel inspiré de la vidéo de Marine Spaak sur les mécanismes de discrimination : https://lnkd.in/d55PjNXT
Pierre Tevanian, La mécanique raciste, La Découverte, 2017

Lancement du projet Callisto, avril 2021

Callisto c’est quoi ?

Callisto, c’est un projet académique de recherche théorique et empirique, d’étude et d’enseignement sur les violences faites aux femmes en entreprise, allant du sexisme ordinaire (agissements et propos sexistes) au harcèlement moral ou sexuel, jusqu’aux violences sexuelles dans le milieu de l’entreprise.

Quelques chiffres, en France :

  • 80% des femmes sont confrontées au sexisme au travail (Conseil Supérieur de l’égalité professionnelle, 2016)
  • 1 femme sur 5 est confrontée à une situation de harcèlement sexuel au cours de sa vie professionnelle (Enquête IFOP pour le Défenseur des Droits, 2014)
  • Seuls 3 cas sur 10 sont rapportés à l’employeur.e (Enquête IFOP pour le Défenseur des Droits, 2014)
  • 3 salariés sur 10 sont victimes de harcèlement moral au travail (Enquête IPSOS, 2000).

Pourquoi Callisto ?

Callisto, c’est le nom d’une figure féminine de la mythologie grecque, d’abord violée, et qui, en raison de ce viol et de ses conséquences (Callisto tombe enceinte), est successivement châtiée, chassée et ostracisée.

Callisto est ce que le mouvement contemporain de libération de la parole dénonce : une victime qui subit un crime dans sa chair, bannie en raison de ce crime, dont elle endosse l’entière responsabilité. De son côté, l’agresseur – qui n’est autre que Zeus, Dieu des dieux – poursuit sa vie en toute impunité.

Callisto est un parfait exemple de culpabilisation de la victime, et d’impunité de son violeur. Elle est un symptôme du dysfonctionnement de notre société moderne, où la parole des victimes est systématiquement remise en cause et les actes des agresseurs minimisés et banalisés. C’est ce que certains auteurs, tels que Noémie RENARD, appellent la culture du viol.
Cet exemple n’est pas isolé : la mythologie grecque regorge d’histoires similaires, et il suffit de regarder les actualités pour s’apercevoir que notre société fonctionne sur les mêmes modalités.

Et concrètement ?

Le projet Callisto a vu le jour en avril 2021.

Il comporte plusieurs étapes :

  • Phase n°1 : réalisation d’une enquête qualitative auprès d’acteurs du secteur privé sur le thème du harcèlement sexuel en entreprise, aux fins d’analyse des besoins de formation en la matière.
    Statut : en cours.

  • Phase n°2 : dépouillement et analyse des résultats.
    Prévision : été 2021