🔎 Zoom sur les biais de la justice

« Démasculiniser la justice » de Magali Lafourcade, paru aux Editions LES PETITS MATINS, offre plusieurs thèses et regards intéressants sur l’institution judiciaire et son traitement de l’égalité, inscrite dans notre devise, par le prisme du genre.
Magistrate, elle est Secrétaire générale de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH).

➡️ Dans la suite du constat effectué par Simone GABORIAU, la magistrature s’est largement féminisée ; les femmes y représentant 71 % de l’effectif. Néanmoins les freins restent présents s’agissant de leur accession à des postes à responsabilité, toujours majoritairement occupés par des hommes.
Dans la suite de ce constat, survient la crainte corrélative d’une hostilité envers les hommes, que l’autrice démonte : la justice reste andocentrée. Pour ne pas être soupçonnées de partialité envers les hommes, les femmes magistrates tendraient à se montrer plus clémentes à leur égard. Le soupçon produit l’effet inverse de ce qu’il redoute.

➡️ L’apport du livre porte également sur le constat que l’égalité en DROIT ne produit pas l’égalité en FAIT.
Le poids des stéréotypes reste déterminant dans un certain nombre de contentieux, notamment familial, avec des attentes genrées assez fortes dans le cadre d’une conception de la famille qui repose encore massivement sur les femmes, dans un contexte où les séparations les pénalisent davantage d’un point de vue financier.
Des freins également dans l’évolution de carrière, y compris des magistrates elles-mêmes :  la maternité, qui suspend ou ralentit les carrières, la mobilité moindre des femmes.

Plus largement, des dispositions en apparence neutres produisent, par le jeu de croyances et de stéréotypes persistants, des effets systématiquement favorables aux hommes. Deux exemples parlants :
▪️ la garde des enfants, assumée majoritairement par des femmes qui interrompent leur carrière ou passent à temps partiel (bénéfices fiscaux à la clé)
▪️ les successions, où si la loi ne distingue pas, en pratique plusieurs études démontrent que le partage des biens principaux se fait souvent de manière automatique au bénéfice des hommes.
La neutralité du texte n’empêche pas la partialité du résultat.

➡️ Le chapitre concernant le traitement judiciaire des VSS rejoint les constats établis par d’autres essais, études et recherches : une parole des victimes systématiquement mise en doute, le poids des stéréotypes persistants sur le viol et les attendus comportementaux d’une “bonne victime”. Corrélativement, des taux de condamnation faibles qui nourrissent un ressenti d’impunité persistante.
⇒ Si ce n’est pas la sanction qui dissuade, c’est davantage la crainte d’être pris …

Une justice qui juge les VSS ne peut pas faire l’économie d’un regard sur ses propres biais. C’est aussi l’objet de ce livre, qui ne met pas la justice en accusation, mais l’invite à se juger elle-même.

🚺⚖️ Femmes et justice : le récit de Simone Gaboriau

1968. Grand oral du concours de la magistrature. Face à une candidate, le jury pose cette question : « Que pensez-vous de votre corps ? ». Son corps à elle, ou le corps de métier dans lequel elle avait la prétention d’entrer ? Les deux, peut-être.

C’est par cette anecdote — authentique — que la magistrate Simone GABORIAU ouvre un texte rare : le récit vécu de l’entrée des femmes dans la magistrature. ⤵️

Quelques repères qu’elle nous rappelle :
▪️ 1900 : les femmes peuvent devenir avocates. Mais juger ? Impensable. On leur oppose leur « rôle naturel » de mère, et les « attributs » supposés de leur sexe : la séduction, le trouble des hommes.
▪️ 1946 : la loi du 11 avril ouvre enfin la magistrature « à l’un et l’autre sexe ». Un acquis des idéaux de la Résistance.
▪️ 1968 : Simone Gaboriau passe le concours — deuxième vague des pionnières. Elle prend ses fonctions en 1971, dans un monde « viril » où il faut développer des stratégies pour exister : affronter le regard qui « jauge » d’abord la femme avant la magistrate, affirmer son autorité sans la caricaturer.
▪️ 1982 : elle devient la première femme présidente d’un syndicat judiciaire.

Et aujourd’hui ?
Les femmes sont désormais majoritaires dans le corps judiciaire. Mais elles restent minoritaires dans les fonctions de haute responsabilité. Gaboriau parle d’une « parité carencée » : l’égalité d’accès est acquise, l’égalité des carrières ne l’est pas.

Sa question finale mérite qu’on s’y arrête : l’arrivée des femmes a-t-elle changé la justice ? Elle a l’honnêteté de ne pas trancher — après 40 ans de carrière, elle rappelle que les femmes de justice restent une « terra incognita », faute de mémoire institutionnelle, de récits, de traces.

Une chose est sûre : l’institution judiciaire n’en a pas fini avec le sexisme. Une enquête du Syndicat de la magistrature sur les violences sexistes et sexuelles au sein même de l’institution complète utilement cette lecture 👉 https://shorturl.at/NVz8r

La semaine prochaine, je vous parlerai d’un essai qui pose la question d’après : faut-il « démasculiniser » la justice ?

📎 Vers l’article de Simone Gaboriau (revue TraHs) : https://lnkd.in/eUGUJTQP

💥 Focus sur le sexisme

Le sexisme, ce n’est pas que des caricatures ou les discriminations criantes. C’est bien plus systémique.

👉 C’est un ensemble de croyances qui structurent nos socialisations, attitudes, attentes et comportements — souvent automatiques — qui postulent et maintiennent une inégalité entre femmes et hommes.

Il s’agit d’un système structuré et structurant, et non uniquement des incidents isolés. Il prend plusieurs formes :

1️⃣ Le sexisme ordinaire

Ce sont des codes sociaux invisibles, des non-dits, des attentes tellement banalisées qu’on oublie qu’elles sont acquises, et non innées.
Exemples : « un homme c’est fort, ça ne pleure pas » ou encore « les femmes sont naturellement douces et altruistes ».
Conséquences concrètes : les hommes ont davantage de difficultés à exprimer leurs émotions ; les femmes sont massivement orientées vers des professions paramédicales, d’enseignement, d’action sociale.

2️⃣ Le sexisme hostile

C’est la misogynie, qui constitue un spectre allant du dédain à l’homicide en passant par le mépris, le rejet, la haine.

3️⃣ Le sexisme paternaliste

C’est l’attribution aux femmes de qualités — douceur, écoute, altruisme — précisément parce qu’on les considère inférieures et nécessitant d’être aidées, assistées, protégées (conception traditionnelle de la famille). Et les secteurs où elles prédominent voient leurs salaires très peu valorisés.

❌ Le problème : aucun de ces stéréotypes n’est confirmé scientifiquement. Ce sont de pures constructions sociales.

👉 La lutte contre le sexisme est plus que nécessaire à l’heure actuelle. L’égalité en droit ne se traduit pas en égalité de fait. Et les conséquences de cette lutte sont concrètes : réduction du stress lié aux VSS, diminution de discriminations, promotion réelle de l’égalité professionnelle, diminution des coûts sociaux et organisationnels…

Chez Projet Callisto, nous accompagnons vos structures et formons vos effectifs, à tous les niveaux hiérarchiques. Contactez-nous !

📌 Le système patriarcal est aussi délétère pour les hommes

« Le féminisme c’est contre les hommes », « on peut plus rien dire »… Ces phrases reviennent régulièrement dès lors que l’on aborde l’égalité. En réalité, elles reflètent une confusion : celle de la reconnaissance des inégalités femmes-hommes avec une attaque contre les hommes. Or, le patriarcat ne fonctionne pas ainsi. Il crée des dominants qui en retirent des avantages, et des perdants. Toutefois, même s’agissant des hommes, le patriarcat les contraint aussi. Et les dommages sont documentés.

Le sexisme systémique est d’abord une discrimination au détriment des femmes. Être une femme reste un frein : à l’emploi, à la rémunération, à l’accès au crédit, et augmente considérablement les risques de violences sexuelles.
En 2024, dans le secteur privé, le revenu salarial moyen des femmes est inférieur de 21,8 % à celui des hommes. La maternité engendre une perte de 38 % du revenu du travail des femmes dans les dix années suivant la naissance.

Mais le patriarcat a aussi des effets délétères sur les hommes :

1️⃣ Santé mentale masculine : un angle mort

L’injonction « un homme ça ne pleure pas, c’est fort » prive les hommes de leur capacité humaine à ressentir, explorer, verbaliser leurs émotions.
Les études sont édifiantes : entre 2011 et 2021, le taux de mortalité par suicide est de 20,5 pour 100 000 hommes contre 6,4 pour 100 000 femmes. Les 3/4 des suicides sont le fait d’hommes (76,1 %).

Ce n’est pas une « spécificité masculine » mais le résultat d’une culture qui les empêche de chercher de l’aide, de verbaliser la souffrance, d’accéder à des soins adaptés.

2️⃣ Parentalité : des hommes confinés à un rôle secondaire

Bien que les études montrent que les pères obtiennent la garde alternée s’ils la demandent, les stéréotypes découragent cette demande. 56 % des 18-24 ans pensent que « les mères savent mieux répondre aux besoins des enfants que les pères », cette tendance s’aggravant (50 % en 2014).

Outre la persistance de la répartition genrée des rôles, les hommes se voient ainsi confinés à un rôle parental secondaire, ce qui :
– limite leur implication auprès de leurs enfants
– renforce l’asymétrie du travail de soin
– affecte les femmes qui supportent seules cette charge.

Ces différents stéréotypes ne sont pas scientifiquement prouvés. Ce sont des constructions sociales, mais dont les effets existent, sont visibles et occasionnent des dommages bien réels.

⚠️ Clarification importante : il ne s’agit pas d’une hiérarchie d’oppressions !
Dire que le patriarcat affecte aussi les hommes ne signifie pas qu’il affecte les hommes et les femmes de manière égale. Les femmes subissent des violences massives, l’exclusion professionnelle, l’obligation de maternité… Les hommes subissent surtout des restrictions émotionnelles et une paternité limitée.

Ces deux réalités sont vraies. Elles ne sont pas en concurrence, mais complémentaires. L’égalité réelle exige de les traiter ensemble.

⚠️ Comprendre la mécanique discriminatoire

On parle souvent de discrimination comme d’un acte isolé, d’un comportement individuel répréhensible. Mais la discrimination est en réalité un processus bien ancré, qui se déroule en plusieurs étapes :

1️⃣ Focalisation : on sélectionne un critère arbitraire (sexe, origine, âge, handicap…) qu’on transforme en caractéristique principale pour définir toute une population.

2️⃣ Différenciation : on renforce les traits communs du groupe (« les femmes veulent toutes des enfants ») tout en accentuant les différences avec les autres groupes (« les femmes sont très différentes des hommes »).

3️⃣ Péjoration : ce qui était d’abord perçu comme une simple différence devient une marque d’infériorité, de manière hostile ou plus insidieuse.

4️⃣ Légitimation : les inégalités de traitement deviennent tellement ancrées qu’elles paraissent naturelles, alors qu’il s’agit d’une construction sociale acquise.

Cette mécanique fonctionne pour l’ensemble des critères de discrimination. Qu’il s’agisse de sexisme, de racisme, d’homophobie, de transphobie, de validisme ou de toute autre forme de discrimination, le processus est identique, seul l’objet change.

💡 Comprendre cette mécanique permet de questionner nos propres agir, nos représentations, nos préjugés, nos actions. Dans une société profondément inégalitaire, nous avons toutes et tous intégré des stéréotypes discriminatoires, racistes, validistes, sexistes que nous reproduisons plus ou moins consciemment. Prendre conscience de nos propres préjugés est un premier pas vers leur déconstruction.

Cela peut passer par des questions simples, qui révèlent nos angles morts :
❎ « est-ce que je me comporte de manière identique avec un homme/une femme ? »
❎ « est-ce que je demanderais à une personne obèse si elle fait du sport pour perdre du poids ? »
❎ « est-ce que je demanderais à une personne qui a les cheveux lisses si je peux les toucher comme je pourrais le faire avec une personne aux cheveux crépus ? »
❎ « est-ce que je touche spontanément le ventre d’une femme enceinte ? »
❎ « est-ce que je demanderais à une personne blanche quelles sont ses origines ? »
❎ « est-ce que je me comporterais de la même manière si c’était une personne valide/une personne handicapée/une personne avec un handicap que je ne vois pas ? »

👉 Ces situations vous choquent ? Elles vous interpellent ? Elles ont toutes déjà été vécues — et souvent plusieurs fois — par les personnes concernées. Si certaines ne vous paraissent pas discriminantes, c’est précisément là que se niche le problème : ces comportements ramènent une personne à un critère arbitraire, la réduisent à ce seul critère. Leur répétition — remarques, commentaires, demandes de justification, contacts non sollicités — constituent des micro-agressions, voire des violences.


Sources :
Carrousel inspiré de la vidéo de Marine Spaak sur les mécanismes de discrimination : https://lnkd.in/d55PjNXT
Pierre Tevanian, La mécanique raciste, La Découverte, 2017

⭕ Le rapport annuel 2026 du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes sur l’état du sexisme en France

En complément des travaux en psychologie initiés par Susan Flicke et Peter Glick en 1996, le HCE identifie 2 formes de sexisme complémentaires formant un système cohérent genré et inégalitaire :

❌ un sexisme hostile, soit la misogynie ou le rejet des femmes et la légitimation des violences et discriminations à leur encontre.
⚠️ 10 millions de personnes en France adhèrent de manière ostensible à cette idéologie, dans l’ensemble des catégories sociales.

❌ un sexisme paternaliste ou faussement bienveillant, socialement très ancré et accepté, qui perçoit les femmes comme des êtres fragiles, nécessitant une protection constante et les enfermant dans des rôles spécifiques souvent traditionnels.
⚠️ 12,5 millions de personnes y adhérent de manière claire et affichée, le reste de la population pouvant y souscrire au moins ponctuellement.

Les discriminations sont présentes dans l’ensemble de la société : dans l’espace public, le sport, en politique, sur les réseaux sociaux, dans la sphère domestique. Au travail, 49% des femmes déclarent avoir été confrontée à des discriminations, les écarts de rémunération persistant à hauteur de 4% dans le secteur privé.

Ce qui en fait une dimension systémique, participant du continuum des violences, théorisé en 1987 par Liz Kelly.
👉 Le sexisme dit ordinaire fait de remarques anodines, commentaires sexistes, graveleux, dévalorisantes, comportements humiliants, créent un climat propice à des violences plus graves.

Outre des développements importants concernant le cybersexisme et la lutte contre le cyberharcèlement dont les femmes sont l’objet (elles représentent 84% des victimes en ligne), un focus sur les mouvements masculinistes met en évidence que :

❌ 60 % des hommes pensent que « les féministes veulent que les femmes aient plus de pouvoir que les hommes », reflétant une vision du féminisme comme une menace pour les hommes.
❌ 60 % des hommes estime que « les féministes ont des demandes exagéré envers les hommes », alimentant un discours de victimisation masculine
❌ 39 % des hommes et 25 % des femmes estiment que le féminisme menace la place et le rôle des hommes dans la société.

Bien qu’il se présente comme le symétrique du féminisme qui vise l’égalité entre les sexes, le masculinisme défend une idée réactionnaire fondée sur la réaffirmation de la suprématie masculine, avec un discours reposant sur une rhétorique victimaire. Dans ces conditions, le masculinisme constitue une menace à l’ordre public et est désormais un enjeu de sécurité nationale.

Quelques recommandations :
✅ Garantir l’éducation notamment via l’effectivité des projets EVRAS
✅ Poursuivre la formation à l’âge adulte, notamment en milieu professionnel
✅ Renforcer et appliquer les mécanismes de régulation numérique…

Le rapport disponible ici 👉 https://lnkd.in/dQxVQP6z

⚖️ Sexisme, racisme : comprendre la différence entre discrimination systémique et manifestations individuelles

J’ai eu le plaisir d’animer une formation au SDMIS de Lyon sur la prévention du sexisme, harcèlement et discrimination au travail.

L’occasion de revenir sur une question essentielle : quelle différence entre discrimination systémique et manifestations individuelles ?

❎ Les 26 critères de discrimination
La loi reconnaît 26 critères de discrimination, parmi lesquels le sexe, le genre, l’origine ethnique, la nationalité…

❎ Le sexisme : une discrimination systémique
Statistiquement, les femmes sont davantage victimes de sexisme que les hommes.
Au-delà des manifestations individuelles, le sexisme a une dimension systémique. Concrètement, cela signifie qu’être une femme peut :
• freiner l’accès à l’emploi, ralentir l’évolution de carrière
• empêcher l’accès à un crédit : https://h7.cl/1hQxa
• augmenter les risques d’agression, violence et harcèlement

Si des hommes peuvent subir des manifestations sexistes de manière individuelle, il n’existe pas de dimension systémique où être un homme empêcherait l’accès à l’emploi, aux responsabilités ou à la sécurité.

❎ Le racisme procède de la même logique, s’exerçant à l’échelle de la société, dans toutes ses sphères : professionnelle, personnelle, institutionnelle.
Être racisé est un facteur de discrimination qui restreint, complexifie, voire empêche l’accès à l’emploi.

Les chiffres le montrent : selon l’étude de la Dares – ministère du Travail et de l’Institut des Politiques Publiques (IPP) de 2021, les personnes avec un nom à consonance maghrébine doivent envoyer 1,5 fois plus de CV pour obtenir le même nombre de réponses positives qu’une personne avec un nom à consonance française 👉 https://h7.cl/1mOaC

À l’inverse, être blanc ou perçu comme tel n’empêche pas l’accès à un emploi, un bien ou un service. C’est pourquoi parler de « racisme anti-blanc » n’a pas de validité systémique.

Cela ne signifie pas qu’il ne peut pas y avoir des manifestations ponctuelles, individuelles, de propos ou comportements racistes envers des personnes identifiées comme blanches. Mais cela ne crée pas de barrières structurelles dans l’accès à l’emploi, au logement, aux services.

✅ En formation, comprendre cette distinction permet de :
• Mieux identifier les risques dans l’organisation
• Sortir des faux débats (« et le sexisme anti-hommes alors ? »), car reconnaître des manifestations individuelles n’équivaut pas à nier la dimension systémique
• Prioriser les actions de prévention, avec un traitement égalitaire.

Merci au SDMIS de Lyon et pour cette journée et au CNFPT Auvergne-Rhône-Alpes pour son organisation.

Et vous, comment abordez-vous ces questions dans vos formations ou vos organisations ?

💬 « C’était juste une blague ! » : pourquoi cet argument ne tient pas ?

En formation, cette situation revient systématiquement : la blague sexiste au travail, avec deux situations selon qu’elle pose une difficulté ou non :

1️⃣ Premier cas de figure : la blague mal perçue
La blague sexiste interpelle, heurte, met mal à l’aise. Dans ce cas, il s’agit d’un agissement sexiste prévu par le Code du travail et le Code général de la fonction publique, susceptible de donner lieu à sanction disciplinaire.

2️⃣ Deuxième cas de figure : la blague « bien perçue »
Tout le monde rit. L’ambiance semble détendue. Personne ne se plaint.
Et pourtant, cela constitue un risque pour l’employeur.
Pourquoi ? Parce que le propos n’en est pas moins sexiste, et que l’article L. 4121-2 du Code du travail impose à l’employeur de prévenir, faire cesser et combattre les risques tenant aux agissements sexistes, au harcèlement sexuel et au harcèlement moral. Etant précisé que cette obligation existe indépendamment du ressenti immédiat des personnes présentes.

🥽 L’analogie avec les EPI (équipements de protection individuelle)
Un salarié qui ne porterait pas son casque sur un chantier indiquant : « Je n’en ai pas besoin, je fais attention ». Même si individuellement ce salarié pense ne pas courir de risque, cette situation constitue un risque pour l’employeur au titre de son obligation de sécurité.
C’est exactement le même raisonnement avec les blagues sexistes : elles créent un environnement de travail à risque, même quand elles semblent acceptées.

👉 Le rôle de chacun
L’article L. 4122-1 du Code du travail le rappelle : il incombe à chaque travailleur de « prendre soin, en fonction de sa formation et selon ses possibilités, de sa santé et de sa sécurité ainsi que de celles des autres personnes concernées par ses actes ou ses omissions au travail ».
Autrement dit, les propos et comportements engagent aussi la sécurité d’autrui.

💥 Pour rappel, un environnement où les blagues sexistes sont tolérées, même « dans la bonne humeur », devient un terreau favorable à des comportements plus graves. Les études le montrent : le sexisme ordinaire favorise les violences sexistes et sexuelles.

En résumé
❎ Blague sexiste mal perçue = agissement sexiste sanctionnable
❎ Blague sexiste « bien perçue » = risque professionnel à prévenir
❎ Dans tous les cas = responsabilité de l’employeur ET des salariés

Alors « c’était juste une blague » n’est pas une défense valable.

Et vous, comment gérez-vous ce type de situation dans vos organisations ?

💭 Sexisme ordinaire, racisme commun… Et si on arrêtait dès maintenant ?

À l’approche des fêtes de fin d’année, moment propice aux réunions familiales et professionnelles, parlons de ces « petites réflexions » qui semblent anodines mais qui façonnent insidieusement nos sociétés.

❌ Le sexisme ordinaire : plus qu’un simple mot
Le sexisme ordinaire, c’est cet ensemble de propos, de non-dits, d’attentes et de codes sociaux qui varient selon le genre de la personne.

En pratique, cela donne :
➕ « Elle jure comme un charretier » → on attend des femmes qu’elles soient douces et policées, avec des impacts concrets et documentés par exemple sur l’orientation professionnelle 👉 https://lnkd.in/gpSRPcDJ
➕ « Un homme, ça ne pleure pas » → verrouillant l’expression des émotions masculines
Cette dernière injonction a des conséquences dramatiques : en France, le taux de suicide est trois fois plus élevé chez les hommes que chez les femmes (20,8 décès pour 100 000 hommes contre 6,3 pour les femmes en 2022) d’après l’étude 2025 de la DREES.
Les études montrent que les hommes mobilisent beaucoup moins les ressources en santé mentale que les femmes, en partie à cause de ces injonctions de genre qui les empêchent d’exprimer leurs vulnérabilités.

La mécanique discriminatoire est identique quelque soit le critère considéré :
1️⃣ Distinguer en fonction de critères arbitraires (âge, sexe, origine ethnique, état de santé…)
2️⃣ Ériger ce critère en différence
3️⃣ Déprécier ce critère, qui n’est plus objectif, mais devient un marqueur social « négatif »
4️⃣ Discriminer en raison de ce critère, c’est-à-dire prendre une décision au regard de ce seul critère.

⛔ Illustration : les personnes avec un nom à consonance maghrébine doivent envoyer 1,5 fois plus de CV pour obtenir le même nombre de réponses positives.

⁉️ « Pas bien méchant »… Vraiment ?
Le sexisme ordinaire, le racisme commun… ont ça de commun qu’ils participent à cette mécanique discriminatoire, même si cela semble « anodin ».
Or, les études le démontrent : outre le mal-être généré individuellement, le risque de violences, d’exclusion et de discrimination est beaucoup plus important dans des environnements discriminatoires que dans d’autres.

Commençons dès maintenant : arrêter collectivement de faire des réflexions discriminantes, rarement bienveillantes, est déjà un premier pas.
Les « c’est pour rire », « on peut plus rien dire », « c’était pas méchant » participent à maintenir des systèmes d’oppression qui ont des conséquences réelles et mesurables sur la vie des personnes.

⚖️ Sexisme et harcèlement : comprendre le lien

On oppose souvent sexisme et harcèlement comme deux phénomènes distincts. Pourtant, ils sont intrinsèquement liés : le harcèlement fait son lit d’un environnement sexiste.

✅ Deux notions complémentaires :
– le sexisme constitue une discrimination fondée sur le sexe
– le harcèlement peut être une forme de violence sexiste et sexuelle.

✅ Mécanisme : un environnement hostile – qu’il soit sexiste, raciste, homophobe, xénophobe ou autre – favorise des comportements susceptibles de constituer une faute professionnelle, voire un délit (propos, attitudes, discrimination, violences). La Cour d’appel de Paris l’a d’ailleurs rappelé dans son arrêt du 26 novembre 2024 (n°21/10408).

✅ Cadre juridique : le sexisme est reconnu comme un critère de discrimination. Par conséquent, le harcèlement basé sur le sexe peut être reconnu comme discriminatoire et punissable au titre de l’article 1er de la loi n°2008-496 du 27 mai 2008.

✅ Cas particulier de l’intention : contrairement au droit pénal qui exige la caractérisation de l’intention, le droit social ne l’exige pas. Le harcèlement peut être établi alors même que son auteur n’avait pas l’intention de nuire, dès lors que les effets du harcèlement sont constatés.

👉 Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ?

En matière de harcèlement sexuel, les justifications telles que :
❌ « C’était de l’humour »
❌ « C’est juste une blague »
❌ « Je voulais juste détendre l’atmosphère », ne sont plus recevables, et passibles de sanction disciplinaire.

✅ C’est valable également ds la fonction publique : la cour administrative d’appel de Versailles (20 octobre 2015, n° 14VE00480) a reconnu le harcèlement sexuel alors même que des agents avaient déclaré ne pas avoir été blessés par des propos grossiers ou à connotation sexuelle.

✅ Pourquoi ? Parce que le harcèlement sexuel est identifié par la loi comme un risque à part entière que tout employeur doit identifier, prévenir et, le cas échéant, faire cesser (article L. 4121-2 du Code du travail).

En résumé : un environnement sexiste n’est pas seulement désagréable ou inapproprié. Il crée le terreau sur lequel le harcèlement prospère. Et il crée un risque pour les employeurs.

Et vous, observez-vous ce lien dans vos organisations ?