🔎 Zoom sur les biais de la justice

« DĂ©masculiniser la justice » de Magali Lafourcade, paru aux Editions LES PETITS MATINS, offre plusieurs thĂšses et regards intĂ©ressants sur l’institution judiciaire et son traitement de l’égalitĂ©, inscrite dans notre devise, par le prisme du genre.
Magistrate, elle est SecrĂ©taire gĂ©nĂ©rale de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH).

âžĄïž Dans la suite du constat effectuĂ© par Simone GABORIAU, la magistrature s’est largement fĂ©minisĂ©e ; les femmes y reprĂ©sentant 71 % de l’effectif. NĂ©anmoins les freins restent prĂ©sents s’agissant de leur accession Ă  des postes Ă  responsabilitĂ©, toujours majoritairement occupĂ©s par des hommes.
Dans la suite de ce constat, survient la crainte corrĂ©lative d’une hostilitĂ© envers les hommes, que l’autrice dĂ©monte : la justice reste andocentrĂ©e. Pour ne pas ĂȘtre soupçonnĂ©es de partialitĂ© envers les hommes, les femmes magistrates tendraient Ă  se montrer plus clĂ©mentes Ă  leur Ă©gard. Le soupçon produit l’effet inverse de ce qu’il redoute.

âžĄïž L’apport du livre porte Ă©galement sur le constat que l’Ă©galitĂ© en DROIT ne produit pas l’Ă©galitĂ© en FAIT.
Le poids des stĂ©rĂ©otypes reste dĂ©terminant dans un certain nombre de contentieux, notamment familial, avec des attentes genrĂ©es assez fortes dans le cadre d’une conception de la famille qui repose encore massivement sur les femmes, dans un contexte oĂč les sĂ©parations les pĂ©nalisent davantage d’un point de vue financier.
Des freins Ă©galement dans l’évolution de carriĂšre, y compris des magistrates elles-mĂȘmes :  la maternitĂ©, qui suspend ou ralentit les carriĂšres, la mobilitĂ© moindre des femmes.

Plus largement, des dispositions en apparence neutres produisent, par le jeu de croyances et de stéréotypes persistants, des effets systématiquement favorables aux hommes. Deux exemples parlants :
â–Ș la garde des enfants, assumĂ©e majoritairement par des femmes qui interrompent leur carriĂšre ou passent Ă  temps partiel (bĂ©nĂ©fices fiscaux Ă  la clĂ©)
â–Ș les successions, oĂč si la loi ne distingue pas, en pratique plusieurs Ă©tudes dĂ©montrent que le partage des biens principaux se fait souvent de maniĂšre automatique au bĂ©nĂ©fice des hommes.
La neutralitĂ© du texte n’empĂȘche pas la partialitĂ© du rĂ©sultat.

âžĄïž Le chapitre concernant le traitement judiciaire des VSS rejoint les constats Ă©tablis par d’autres essais, Ă©tudes et recherches : une parole des victimes systĂ©matiquement mise en doute, le poids des stĂ©rĂ©otypes persistants sur le viol et les attendus comportementaux d’une “bonne victime”. CorrĂ©lativement, des taux de condamnation faibles qui nourrissent un ressenti d’impunitĂ© persistante.
⇒ Si ce n’est pas la sanction qui dissuade, c’est davantage la crainte d’ĂȘtre pris …

Une justice qui juge les VSS ne peut pas faire l’Ă©conomie d’un regard sur ses propres biais. C’est aussi l’objet de ce livre, qui ne met pas la justice en accusation, mais l’invite Ă  se juger elle-mĂȘme.

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