đŸ˜” Infractions sexuelles sans contact : la Cour de cassation s’est-elle contredite ?

En 2016, la Haute juridiction concluait Ă  l’absence d’agression sexuelle dans le cas d’une absence de contact physique. En 2026, elle reconnaĂźt un viol sans le moindre contact.
La Cour de cassation s’est-elle contredite ?

Non. Entre les deux, la loi a changé.
Explications —

📍 Acte 1 — 2016
Un homme se masturbe Ă  plusieurs reprises devant sa belle-fille mineure. La cour d’appel le condamne pour agression sexuelle.
Cassation de l’arrĂȘt : l’agression sexuelle « suppose l’existence d’un contact physique entre l’auteur et la victime ». Sans contact, seule l’exhibition sexuelle, rĂ©primĂ©e moins sĂ©vĂšrement, peut ĂȘtre retenue (Crim. 7 sept. 2016, n° 15-83.287).

📍 Acte 2 — 2022
La Chambre criminelle maintient le cap pour des faits similaires : elle censure une condamnation faute de contact physique caractérisé (Crim. 23 mars 2022, n° 21-84.034).
Cette dĂ©cision est juridiquement fondĂ©e : le principe d’interprĂ©tation stricte de la loi interdit au juge d’Ă©tendre une incrimination au-delĂ  de son texte. C’est au lĂ©gislateur qu’il revient de le faire.

📍 Acte 3 — La loi du 21 avril 2021 complĂšte l’article 222-22-2 : constitue aussi une agression sexuelle le fait d’IMPOSER Ă  une personne, par violence, contrainte, menace ou surprise, de procĂ©der SUR ELLE-MÊME Ă  une atteinte sexuelle.
ConsĂ©quence dans le corpus lĂ©gislatif : l’atteinte sexuelle existe dĂ©sormais, sur le corps de la victime, par elle-mĂȘme, mĂȘme sans aucun contact avec l’auteur.

📍 Acte 4 — 2026
Un majeur, cachĂ© derriĂšre une fausse identitĂ© d’adolescente sur les rĂ©seaux sociaux, obtient de mineures de 15 ans qu’elles commettent sur elles-mĂȘmes des actes de pĂ©nĂ©tration sexuelle. La Chambre criminelle valide la qualification de viol aggravĂ© : peu importe l’absence de contact, un acte de pĂ©nĂ©tration sexuelle a Ă©tĂ© imposĂ© aux victimes, la surprise rĂ©sultant de leur Ăąge et du stratagĂšme (Crim. 14 janv. 2026, n° 25-87.199).

👉 Ce qu’il faut en retenir :
En dix ans, ce ne sont pas les principes juridiques qui ont changĂ©, mais la rĂ©alitĂ© des violences. Les rĂ©seaux sociaux ont rendu nĂ©cessaire la lĂ©gifĂ©ration sur les dĂ©lits en ligne, incluant le cyberharcĂšlement, y compris collectif
 MĂȘme les VSS ont leur pendant dans le monde numĂ©rique, notamment lorsque l’on sait que les femmes sont 27 fois plus susceptibles que les hommes d’ĂȘtre victimes de harcĂšlement en ligne (https://shorturl.at/P4ljn).

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