đŸ„± L’ennui au travail : quand la justice condamne le bore-out (2/2)

DerniĂšrement, nous avions abordĂ© l’apprĂ©hension de l’ennui au travail par la jurisprudence judiciaire.

La jurisprudence administrative n’est pas en reste puisque dĂšs avant l’introduction de la qualification de harcĂšlement moral dans le statut, le Conseil d’État retenait la responsabilitĂ© de l’administration qui maintenait un agent sur un poste dĂ©pourvu de toute mission (CE, 4 janvier 1964, M. Paillou).

La mise Ă  l’écart est retenue dĂšs lors que des changements d’affectation ou des changements de locaux ne sont pas motivĂ©s par l’intĂ©rĂȘt du service mais par la volontĂ© d’évincer l’agent (CE, 3 novembre 1989, commune de Bailleul, req. n° 64678 ; CAA Nancy, 22 mars 2001, cne de Froideconche, req. n° 96NC01608).

DĂšs lors, le fait d’affecter un agent sur un poste sans aucune mission confiĂ©e constitue une faute de son employeur (Cour administrative d’appel de Paris, 25 janvier 1996, req. n° 94PA00835), de mĂȘme que la mission confiĂ©e qui ne recouvre aucune tĂąche concrĂšte en rĂ©alitĂ© (CE, 9 avril 1999, min. des Affaires Sociales de la SantĂ© et de la Ville, req. n° 155304)

Au titre de la preuve, l’agent doit pouvoir dĂ©montrer que les dĂ©cisions de son employeur visent Ă  l’empĂȘcher d’exercer ses fonctions (CAA Marseille, 16 septembre 2003, cne de Peyrolles-en-Provence, req. n° 02MA00157 ; Cour administrative d’appel de Bordeaux, 2 dĂ©cembre 2008, req. n° 07BX0170).
Dans ces conditions, ses missions et responsabilitĂ©s restantes sont sans relation avec les missions qu’il est censĂ© occuper en raison de son grade.

⚠ Encore faut-il dĂ©montrer que les dĂ©cisions impactant l’agent ne sont pas justifiĂ©es en raison de l’intĂ©rĂȘt du service ni prises en rĂ©ponse au comportement de l’agent. Dans de telles conditions, ces dĂ©cisions ne sauraient ĂȘtre regardĂ©es comme Ă©tant fautives.

Effectivement, « pour ĂȘtre qualifiĂ©s de harcĂšlement moral, ces agissements doivent ĂȘtre rĂ©pĂ©tĂ©s et excĂ©der les limites de l’exercice normal du pouvoir hiĂ©rarchique. DĂšs lors qu’elle n’excĂšde pas ces limites, une simple diminution des attributions justifiĂ©e par l’intĂ©rĂȘt du service, en raison d’une maniĂšre de servir inadĂ©quate ou de difficultĂ©s relationnelles, n’est pas constitutive de harcĂšlement moral. » (CAA Paris – 5° Chambre, 10 novembre 2022 n° 20PA02849 ; voir Ă©galement CE, 11 juillet 2011, Leveque, n° 321225).

De mĂȘme, le comportement de l’agent peut ĂȘtre de nature Ă  considĂ©rer sa part de responsabilitĂ© dans la survenance de la situation qu’il reproche Ă  son employeur (CE, 24 novembre 2006, Baillet, n°256313 ; CAA Marseille, 5 avril 2016, commune de NĂźmes, req. n° 14MA04815, n° 15MA05015).

👉 Ainsi, les deux ordres de juridiction reconnaissent l’un et l’autre, l’ennui au travail comme Ă©tant susceptible de caractĂ©riser un harcĂšlement moral.

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